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La Cathédrale de Rouen, Le portail et la tour d'Albane, temps gris

Claude Monet

(1840 - 1926) | 1909.1.32

Date : 1893 | Technique : Huile sur toile

Que ce soit dans la galerie du collectionneur avenue du Mont Riboudet ou dans les salles du musée de Rouen dédiées à la collection Depeaux, visiteurs et critiques semblent avoir admiré en premier lieu la Cathédrale de Monet, qui en était l'emblème, et dont Depeaux avait pu suivre la réalisation lors du second séjour rouennais de Monet en 1893 avant de l'acquérir."Sur le fond somptueux que formaient de vieilles boiseries, se détachait une des Cathédrales de Claude Monet"... Félix Fénéon, qui avait été le critique attitré du néo-impressionnisme avant de travailler pour la galerie Bernheim-Jeune, mit en évidence, dans l'aménagement de la galerie, une sorte de contraste simultané entre la modernité du tableau impressionniste inspiré par la cathédrale de Rouen, l'"Athènes du gothique" selon Stendhal, et les "vieilles boiseries", -réalisées d'après les stalles XVe, très ornées, de bois sombre, du choeur de la cathédrale de Saint-Bertrand de Comminges- qui servaient d'écrin à l'ensemble de la collection. De même, lorsque le critique Georges Dubosc évoqua la mise en exposition de la collection au musée de Rouen, la primeur, dans la salle centrale réservée à l'impressionnisme, revint aussi à Monet, dont les trois tableaux étaient mis en exergue. Il commença par mentionner "une des plus belles toiles de sa série des Cathédrales de Rouen; une cathédrale dont les architectures fleuries s'estompent dans la brume grise et fine en une prestigieuse harmonie atmosphérique" . Il soulignait ainsi la dématérialisation du monument par la peinture et la qualité ornementale des "architectures fleuries" tout autant que la justesse atmosphérique du rendu de la brume grise enveloppant la cathédrale et embuant la vision. Par son évocation du climat normand, cette toile, destinée au musée de la ville, apparaissait comme celle qui, in situ, ancrait le mieux la série de Monet "la cathédrale de Rouen" dans son territoire urbain et son histoire. Cette  double dialectique du passé dans le présent de l'impressionnisme, et de l'imaginaire pictural face au monument du vieux Rouen est rappelée par la notice du catalogue de la vente judiciaire de 1906 où elle figure sous le titre générique de La Cathédrale qui en fait une synthèse de la série: "la vieille architecture gothique [...] domine de sa masse superbe l'étroite place et les modestes demeures du voisinage. [...] dans une lumière de rêve, se dresse la plus noble des réalités."

 

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