Aller au contenu principal

Moret au coucher du soleil

Alfred Sisley

(1839 - 1899)

Date : 1888 | Technique : Huile sur toile

En 1889, Sisley s’installe à Moret-sur-Loing après avoir vécu dans les villes adjacentes de Veneux-Nadon et des Sablons durant les années précédentes. Il y reste jusqu’à  sa mort en 1899, et y a produit certaines de ses œuvres les plus emblématiques, notamment les vues de l’église ou différentes vues des bords du Loing. Le pont est par ailleurs un motif pictural qui a été étudié par Sisley dès les années 1870 à Argenteuil ou Hampton Court, et qu’il reprend inlassablement à Moret-sur-Loing au tournant des années 1890. Le point de vue choisi est ici particulièrement pittoresque, avec un premier plan occupé par des herbes sauvages, puis le Loing dans lequel se reflètent le pont et les berges environnantes, un troisième espace occupé par le pont et les arbres de la rive opposée, et enfin un ciel tout en nuances et aux délicates couleurs de fin de journée, qui, comme à l’accoutumée chez Sisley, se déploie sur une large partie de la toile. L’artiste juxtapose des touches brèves et enlevées pour les feuillages et l’herbe, à des touches longues et horizontales qui évoquent le courant de l’eau et se détachent à côté de délicats aplats chromatiques utilisés pour représenter les bâtiments et leurs reflets dans l’eau calme. Cette œuvre a été vendue en 1906 sous le numéro 48, et la description qui en est fait dans le catalogue de la vente insiste sur « l’extraordinaire limpidité de l’eau » et souligne que « L’artiste a rarement, et d’une façon aussi complète que dans cette œuvre, exprimé avec autant de vérité l’instabilité des reflets, leur profondeur et la part de magie qu’il y a en eux. »

François Depeaux aimait fréquenter les artistes et les invitait régulièrement à séjourner en Normandie. Monet et Pissarro ont bien connu l’armateur, mais c’est sans aucun doute d’Alfred Sisley qu’il fut le plus proche. Ces liens d’amitié qui ont uni les deux hommes expliquent en partie le nombre et l’immense qualité des œuvres de l’artiste présentes dans la collection Depeaux. Sa vie durant, le collectionneur fut extrêmement sensible aux paysages du peintre, notamment à ses neiges et aux œuvres réalisées à Moret-sur-Loing, dont Depeaux a rassemblé un ensemble particulièrement cohérent : deux vues de l’église , deux vues du pont depuis l’une de ses extrémités , de nombreuses vues du Loing aux environs de Moret et plusieurs vues du pont de l’amont et de l’aval, dont celle-ci. En 1909, alors qu’il réfléchit à la donation qu’il est sur le point de faire au musée de Rouen, Depeaux écrit à Paul Durand-Ruel : « Je vous avoue ne pas comprendre que les tableaux de Sisley soient difficiles à vendre, étant donné que, de l’école impressionniste, c’est à mon sens, certainement celui dont la peinture contient le plus de poésie et qui continuera à être le mieux compris. »

Joanne Snrech